Renseigner sur la fiction : catalogues et bibliographies

imageCes dernières semaines, je collectionne les questions de lecteurs en fiction : « vous avez des films et des BD qui parlent de la décolonisation ? c’est pour mon fils, il est en retard dans ses révisions d’histoire pour un bac blanc… », « Vous avez des contes sur la cuisine? », « Des romans qui parlent d’épices ? » Importance de l’expérience acquise au quotidien par l’entretien des collections, l’habitude de renseigner et le rangement : rien ne remplace alors la culture personnelle. Je me suis toutefois demandé (ainsi qu’à quelques collègues qui passaient par là) quels outils pouvaient palier les bien naturelles lacunes de chacun dans les différents domaines de la fiction.
Le premier réflexe est de reformuler la demande et d’interroger son catalogue par “tous les mots de la notice”, afin de ratisser titres et mots du résumé. De quoi donner lieu, selon les mot-clefs, à pas mal de « bruit »… Il est vite nécessaire de chercher des pistes en dehors de son propre catalogue – sans considérer que certaines demandes peuvent dépasser le cadre des collections disponibles dans sa bibliothèque, voire être l’occasion de corriger une lacune en ajoutant des titres à son panier de commande. Or, comme le soulignait récemment Vingt-sept point sept, s’il existe une zone aveugle, un angle mort du catalogage, c’est bien l’indexation de la fiction, absente des deux plus grands catalogues français (BnF et Sudoc) et de la base bibliographique Electre : on en revient, dans les trois cas, à une interrogation globale ramenant plus ou moins de bruit.

La librairie en ligne Bibliosurf propose d’intéressants tags sur la fiction, par grands thèmes (je n’ai trouvé que le nuage des romans policiers, mais en cherchant un peu je suppose que le même outil existe pour les romans), de même que Amazon, où l’ajout des tags se fait de façon sociale, et avec l’intérêt d’interroger film et romans (un exemple avec le tag « guerre d’Algérie », pour rester sur la demande citée plus haut). Toujours sur Amazon, la fonction « Listmania » peut parfois donner de bons résultats.
Pour le renseignement sur les documents jeunesse, ceux qui, comme moi, n’y connaissent rien ont la chance de pouvoir utiliser l’excellent site Ricochet, qui indexe la littérature jeunesse et propose même une page d’entrées par thèmes. Et dans le domaine du cinéma, il y a les tags d’Allociné, parfois pertinents.
Du côté de la folksonomie, pas de solution ultime non plus, mais des « étiquettes » pour les romans présents sur Babelio (l’exemple de « décolonisation »), avec la possibilité d’affiner les résultats (tentez l’expérience, dans le lien précédent, en cliquant sur « roman » dans le nuage de tags situé sous « Affiner la sélection »). Les tags de Librarything permettent également une recherche du mot-clef decolonization directement dans le moteur de recherche interne. Mais, sans compter l’obligation de traduire ses mots-clefs en anglais, fiction et documentaires se trouvent confondus dans les réponses, générant à peu près autant de bruit qu’avec une requête sur notre bien francophone Electre : dans l’incapacité de croiser le critère fiction avec le mot-matière, le problème reste entier. L’un des intérêts de ce type de recherche, comme avec les mots-clefs d’Amazon, réside dans la proposition de mots-clefs connexes (colonne de droite dans Librarything) qui stimulent la réflexion et permettent de rebondir : aucun outil idéal donc, mais plusieurs moyens d’obtenir des pistes en faisant fonctionner son imagination et son sens de la reformulation.

Il est enfin possible de tenter le tout pour le tout en tapant “bibliographie décolonisation” dans les trois principales plateformes de partage de documents, Calameo, Scribd et Issuu. De nombreuses bibliothèques publient en ligne, le plus souvent sur leur propre portail, les sélections bibliographiques qu’elles réalisent. Voici, en attendant le wiki où toutes les bibliothèques de France déposeront leurs bibliographies sous licence libre, quelques exemples sous Pearltree.
Entre belles publications couleurs fortement éditorialisées, réalisées avec de véritables outils de PAO et publications « maison » réalisées avec un logiciel de traitement de texte, cette petite promenade parmi les bibliographies de bibliothèques fait apparaître une alternative : publier en papier ce genre de documents, en ayant recours à des graphistes, oblige en raison des coûts à des documents assez minces, tandis que les publications faites en interne peuvent se permettre d’être plus riches et diversifiées (quitte à oser des thèmes relativement inhabituels), au risque d’être moins attractives. La bibliographie A4 imprimée en noir et blanc, sur une simple feuille de style Word estampillée d’un logo, c’est aussi la possibilité de publier plus régulièrement et souplement en écho à des rencontres, des animations, voire des demandes individuelles qu’on souhaiterait formaliser. Même les plus grands s’y retrouvent. Cela permet aussi une certaine réactivité par rapport à l’actualité et surtout, pour revenir à mon sujet, de constituer une base précieuse d’aide pour le renseignement des lecteurs.
Il y a dans ces quelques sélections bibliographiques de quoi satisfaire un certain nombre de demandes courantes. Mais on ne peut que regretter, en se livrant à ce rapide tour d’horizon, l’absence d’espaces de partage entre les différents établissements (comme cela peut exister, modestement, sur le site de l’ACIM, pour les playlists thématiques, souvent éditées en réponse à des appels passés sur la liste de diffusion discothécaire.fr). Et l’on rêve, en attendant la prochaine demande farfelue d’un lecteur, d’un moteur de recherche permettant d’interroger toutes ces bibliographies, ou de bibliothèques publiant leurs sélections thématiques sur un réseau social, à la manière des playlist Youtube ou Deezer (comme la rubrique “Collections” d’un profil Librarything).

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12 commentaires pour Renseigner sur la fiction : catalogues et bibliographies

  1. capucine dit :

    article très intéressant et très riche de liens..merci!!!

  2. Aude dit :

    Très bon article à faire circuler largement. La question du renseignement sur les œuvres de fictions encore trop peu traitée alors que les bibliothécaires en BM la rencontre au quotidien. Merci beaucoup !

  3. Risu dit :

    L’une des solutions pour guider nos publics ne passerait-elle pas par des interfaces comme celle du Wok (voir l’exemple d’Orthez http://www.culturewok.com/mediatheque-orthez/ ) avec ses critères « sensitifs » et de genres ?
    Solution partielle, j’avoue, l’outil ne permettant de répondre à des demandes précises.

  4. herisson08 dit :

    Il y a aussi Babelio en indexation sociale, souvent pertinent!

  5. Marita dit :

    Je ne peux m’empêcher de réagir, en signalant que ce genre de demandes d’usagers sur des thèmes de fiction est récurrent, notamment en section jeunesse, et que certaines bibliothèques se sont retroussé les manches et ont créé des outils « maison » pour pouvoir renseigner plus facilement. Chez nous, nous avons un thésaurus (utilisé à 80% pour la fiction jeunesse, mais aussi un peu par les adultes en polar, roman historique, BD, DVD, etc.). C’est un outil plus que précieux, qui nous sert tous les jours. Mais bien sûr, cela reste limité à nos fonds propres et ne permet pas de cerner d’éventuelles lacunes dans nos collections.

  6. Ping : Référence : fiction par thème | Pearltrees

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