Ressaisir l’envers de la bibliothèque

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Anselm Kiefer, Angel of History (détail).

« Au sein de la maison, qui répète sa constitution, la bibliothèque fait front au jardin. Semblable dans sa forme, mais hostile, comme l’exubérance à l’ordre, la vie renouvelée à la mort classée, le jardin devient le signe de la vie du livre. Les jardins, dans les romans, du Songe de Poliphile aux Affinités électives, sont le signe de ce dont le langage ne peut s’emparer. A peine sont-ils dessinés, qu’il faut reconnaître leur caractère essentiellement anarchique : les allées se déplacent, même les buis s’égaillent. De grandes bibliothèques n’ont pas hésité à faire décorer leurs voûtes de motifs floraux et champêtres. Il serait beau de voir le lierre et le liseron tourner leurs guirlandes au long des montants et s’insinuer entre les livres. Ils rendraient vivante une surface qu’un ordre trop assuré change en rempart. Il importe de ressaisir l’envers de la bibliothèque, le lieu du livre, où les pages se déploient, quand les dos font croire que les pages sont enserrées en des gantelets de fer. Apparaîtra ce qu’elle a délaissé pour s’établir telle qu’elle est. Et le lecteur fera corps avec sa parole.

Le combat n’est pas seulement entre la nature et le savoir codifié que représente la bibliothèque ; le lecteur doit en contester l’ordre, y mettre un désordre qui l’éclaire. »

Jean Roudaut, Les Dents de Bérénice, Deyrolle, 1996.

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