Biblio-art : Anne et Patrick Poirier

« La bibliothèque comportait trois étages en hauteur, et un sous-sol symétrique en profondeur sur lequel on possède peu de précisions, car il fut en partie obstrué par les décombres et rendu d’une exploration difficile. Selon les indices relevés au cours des fouilles, certains archéologues ont pensé que les trois étages situés au-dessus du niveau du sol correspondaient à trois niveaux temporels de la conscience :

PRESENT. PASSE. FUTUR.

Le sous-sol, qui était d’une profondeur et d’une disposition égales (le négatif) aurait été l’espace de l’oubli. Toujours selon cette thèse, le grand espace vide situé au centre du bâtiment, constituait un déambulatoire propice à la réflexion et aux rencontres.

Autour de cette cour centrale, sur laquelle ouvraient les portes d’accès aux diverses alvéoles, s’ordonnaient concentriquement quatre types de salles correspondant à quatre modes de connaissance :

PASSIONNEL. INTUITIF. EXPERIMENTAL. SPECULATIF.

Toutes les salles délimitées par ce quadrillage communiquaient entre elles horizontalement et verticalement, au moyen d’escaliers et de portes. Les quatre côtés de la cour centrale correspondaient aux quatre chapitres :

HOMME. NATURE. CREATIONS HUMAINES. CONCEPTS,

comportant chacun un certain nombre de portes surmontées d’un titre. Ces portes ouvraient chacune sur une complexe de douze salles reliées entre elles, et contenant des documents complémentaires sur le même sujet. L’exploration d’un même sujet d’études demandait donc au chercheur un déplacement dans l’espace à la fois vertical et horizontal, correspondant à différents niveaux temporels, et à divers modes de connaissance. Un système de coloration symbolique des salles permettait de s’orienter chromatiquement. Quelques schémas simples aident à comprendre le fonctionnement de l’édifice. Un incessant mouvement de personnes animait la Grande Bibliothèque. C’est dans la cour centrale, où régnait une grande clarté, que se croisaient et tournaient les Idées tandis que sous terre se formaient les Rêves et les Conspirations. »

Anne et Patrick Poirier développent depuis une quarantaine d’années une oeuvre entre narration et arts plastiques, sur le mode de l’archéologie-fiction. Faux relevés de fouille, maquettes, plans, photographies, composent un interrogation sur la pensée, la mémoire, la ruine comme signe de la catastrophe mais aussi comme transmission, moyen de se situer dans le temps et l’univers.

Mnémosyne (1990), dont est tiré l’extrait ci-dessus, décrit une bibliothèque utopique, à la manière de Ledoux et Boullée, mais aussi inspirée par le travail de l’historien de l’art Aby Warburg.

(Illustration : Deep Memory #V)

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