« Mesurer le nébuleux »

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Jan Fabre, L'Homme qui mesure les nuages (1998), Bruxelles.

Bel article sur le blog d’Aaron Schmidt, « Les bibliothèques doivent devenir meilleures à l’usage » (découvert via Librarian in black).

Une preuve qu’un objet est bien fabriqué est qu’il se bonifie après usage. Songez à votre jean préféré, ou au joli cartable en cuir qu’un père offre à son fils. Ces objets ne s’apprécient pas à leur valeur strictement monétaire ; ils sont plus agréables à utiliser que lorsqu’ils étaient neufs. […] Quoi de commun entre les habitudes des consommateurs et les bibliothèques ? Exactement de la même façon que les économistes sont obsédés par l’accroissement du PIB, les bibliothécaires sont obsédés par leurs chiffres de prêts.

[…]

Tout comme l’accroissement continu du PIB n’est pas viable, les bibliothèques ne peuvent indéfiniment optimiser leurs stratégies de développement des collections. […] Je ne suis guère intéressé à l’idée d’être un simple distributeur de contenus. Et vous même ? Même si nous concurrencions les grands libraires en ligne, même si nos recommandations de lecture surpassaient celles d’Amazon, même si nous pouvions offrir plus de musique qu’ITunes, nous avons des choses plus importantes à faire. Ce qui m’intéresse, c’est aider les gens à réaliser leurs projets.

[…]

De même qu’il y a des difficultés (quantitativement et qualitativement) à évaluer les qualités de votre jean préféré après cinq ans d’utilisation, les bibliothèques ne disposent pas encore d’outils pour mesurer leur efficacité sans les statistiques de prêt. Mesurer quelque chose d’aussi grandiose et vague que « aider les gens à réaliser leurs projets » n’est pas sans poser quelques défis.

Contestant au passage le Hennen’s American Public Library Ratings, sorte de classement wikio des bibliothèques publiques américaines, en 15 critères qui rappellent nos stats DLL, l’auteur finit par formuler une hypothèse sur laquelle je suis plus réservé : un label « LibraryMade », façon Creative commons, qui fonctionnerait sur le principe du trackback vers le contenu de la bibliothèque.

Reste que la lecture de ce bref article intervient à un moment où je m’interroge sur la pertinence de méthodes d’évaluation de la politique documentaire presque exclusivement fondées sur l’exploitation des données de prêt, soit une zone finalement très circonscrite des missions de l’établissement en matière d’offre documentaire, laissant de côté le public fréquentant non emprunteur et l’immense continent des publics à conquérir. Aujourd’hui, alors que la vision des missions de bibliothèques s’est insensiblement modifiée ces dernières années, pouvons-nous continuer à évaluer notre offre documentaire à la même aune ? Mesurer la poldoc à l’ère d’Internet, n’est-ce pas pareillement « mesurer le nébuleux » ?

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4 commentaires pour « Mesurer le nébuleux »

  1. lully dit :

    Un billet plus tempéré dans le ton que les précédents (où il y avait ce délicieux côté : « J’aime mettre les pieds dans le plat, vous verrez : ça donne du goût ! ») mais extrêmement pertinent.
    Un grand merci.
    (J’y décèle aussi la promesse d’une réflexion continue dans les mois à venir. Je suis tout ouïe !)

  2. aaron dit :

    Thanks for taking the time to translate this into French!

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