Collections : le « in » et le « off »

ImageFavoriser le dialogue avec l’usager et conquérir de nouveaux publics ne passe-t-il pas aussi, d’une certaine manière, par un nécessaire « lâcher prise » sur le contenu ? C’est ce que je me demandais il y a quelques jours, en découvrant sur le site satirique The Onion cet article sur la nouvelle politique du Metropolitan Museum de New York permettant aux visiteurs de toucher les oeuvres (1). Sacrilège ultime ? Comme le serait, en bibliothèque, de proposer des collections non sélectionnées sur un critère de qualité, de présenter des documents en vrac, d’accepter que le lecteur puisse se les approprier s’il le souhaite, bref d’accueillir des zones de transgression des codes habituels de l’institution-bibliothèque (sélection, classement, respect du livre…) ? Réformer l’image verticale de la bibliothèque implique, aussi, de donner à nos lecteurs le moyen de « toucher », de démystifier le savoir et la culture, et peut-être d’imaginer des solutions simples où collections et services « satellites » trouvent place auprès de l’offre habituelle.
A vouloir dresser une petite revue des formes que pourrait prendre cet espace intermédiaire, il me vient ces quelques idées, offrant toutes une complémentarité avec les collections de bibliothèque, – un peu à la façon d’un célèbre festival de spectacle vivant où le « off » est devenu aussi important que le « in » :

  • Favoriser l’échange de documents entre usagers. Comme souvent, les modèles viennent du 2.0 : en ligne, le service Bibale propose, à l’instar de feu le site Colivri, de trouver quel utilisateur de la communauté possède un livre recherché et, via un outil de géolocalisation, de l’échanger avec l’utilisateur. On peut imaginer aisément que, parmi la communauté des lecteurs d’une bibliothèque, se constitue une sorte de club de lecture et d’échange à l’échelle d’une commune (ou d’une université), la bibliothèque assurant une caution de fiabilité, se transformant potentiellement en une sorte d’agence d’échanges entre lecteurs. Citons, sur le même principe, la Médiathèque partagée.
  • Les fouillothèques, bacs autogérés où les dons des lecteurs sont intégrés directement. Le concept, issu des maisons de quartier, est déjà en oeuvre à la médiathèque de Florange ou de Vauréal. Volontiers disposé à côté de l’entrée, comme les bonbons ou les produits à 1 euros dans les supérettes, le bac conjugue les joies sérendipitaires de l’étal de bouquiniste et une dimension collaborative qui sera un heureux complément aux choix légitimés par la bibliothèque. (NB : le même terme est parfois utilisé pour désigner les ventes annuelles d’ouvrages désherbés.)
  • Bibliothèque libre : espace où l’on pourra trouver des journaux gratuits pouvant être emportés par les lecteurs, accueillir gratuitement la production artistique locale (musique, textes auto-édités…).
  • Les bookcrossing : les document sont, classiquement, sélectionnés par les bibliothécaires. Mais au lieu de rejoindre les rayons, ils reçoivent un numéro d’immatriculation sur le site Bookcrossing.com et sont disséminés dans la ville. Le lecteur pourra ramasser le livre ou le dédaigner, le garder pour lui ou accepter de jouer le jeu et de le « relâcher », après avoir indiqué sur le site Bookcrossing ce qu’il en a pensé et le lieu il l’a abandonné. La bibliothèque est mentionnée sur l’étiquette du livre, promesse d’un lieu où le lecteur pourra trouver d’autres documents du même type (éventuellement avec des recommandations appropriées au document : « Si vous avez aimé ce livre, vous aimerez empruntez *** à la bibliothèque de *** »)
  • [mise à jour du 02.12.09] Les bibliothèques sauvages : boîtes disposées dans la ville, où le public peut déposer librement des livres et s’approprier ceux qui y ont été laissés par d’autres. En France, l’expérience a déjà été menée par les bibliothèques de Sarlat avec les « Boîtes à lire« .

Rejoignant ainsi des questions que se posent le monde de l’édition (impression à la demande, édition à comité de lecture collaboratif, prix littéraires non institutionnels de plus en plus plébiscités…) ou encore les musées, la bibliothèque favoriserait ainsi un mode parallèle de recommandation, par le lien entre usagers, en transformant son image et sa relation au lecteur, que certains règlements semblent continuer à considérer comme un délinquant en puissance…

(1) Précisons à tout hasard que le savoureux article sur le Metropolitan Museum est évidemment parodique.

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